Quand j’étais Jane Eyre de Sheila Kohler

Quand j'étais Jane Eyre de Sheila Kohler (2012 en France)

Quand j’étais Jane Eyre de Sheila Kohler (2012 en France)

Nous vous avons déjà parlé des soeurs Brontë auparavant dans notre blog que ce soit de leurs oeuvres Jane Eyre, Agnès Grey ou encore La dame du manoir de Wildfeld Hall ou des réécritures quelles ont pu inspirer Les hauts de Hurlevent . Le fait que je m’intéresse à ce livre n’est donc pas vraiment étonnant! La vie de la famille des Brontë est plutôt bien connue (les trois soeurs écrivaines, le séjour à Bruxelles d’Emily et Charlotte durant lequel Charlotte tombe amoureuse d’un professeur, l’alcoolisme de leur frère Branwell, enfin les maladies et la mort qui s’acharne sur eux). Ces évènements ont beaucoup nourri leurs écrits. Mais leur vie peut paraître  assez monotone voire ennuyeuse à raconter. C’est assez clair dans le film  Le soeurs Brontë d’André Téchiné sorti en 1979, porté par de talentueuses actrices il montre leurs déceptions, les hésitations des éditeurs, l’ennui de leur vie quotidienne…

Les soeurs Brontë d'André Téchine 1979

Les soeurs Brontë d’André Téchine 1979

Le roman présente très habilement tous les faits qui dans la vie de Charlotte ont pu lui inspiré des personnages, des noms, des évènements du roman Jane Eyre. J’aurais apprécié qu’elle développe davantage tout ce que le personnage de Rochester peut représenter pour Charlotte et pour les lectrices! Les plongées dans son enfance et notamment sa complicité avec son frère dans la réalisation de leurs mondes imaginaires m’a particulièrement intéressé.

Cependant j’ai trouvé quelques facilités. Lorsqu’elle décrit l’expérience de Charlotte en tant que gouvernante elle fait un quasi copier/coller de certains passages d’Agnès Grey d’Anne Brontë, j’aurais aimé un peu plus d’imagination de la part de Sheila Kohler! Autre reproche: elle évoque malheureusement trop rapidement les éléments qui ont pu inspiré ses soeurs pour leurs propres romans.

L’intimité des soeurs qui n’est pas sans nuage, leur possible jalousie et leurs relations avec les éditeurs sont très intéressantes et bien développées. La part de bonheur que connait Charlotte vers la fin de sa vie est bien décrite et permet de nuancer l’image assez tragique associée au destin de cette famille. J’ai apprécié que Sheila Kohler ne tombe pas dans le pathos lorsqu’elle évoque la période située après les décès d’Emily et Anne.

Ce fut donc une lecture rapide et plutôt agréable, qui donne une vision assez équilibrée de leurs vies d’écrivaines mais qui n’apporte rien de révolutionnaire non plus. Le style n’est pas extraordinaire non plus.

Kheira

Films vus en Janvier/Février

 

N’étant pas trop inspirée  pour rédiger une longue critique des films que je vais voir je vous propose une série de très brèves impressions sur les films que j’ai vu récemment! Ce type d’article sera désormais mis en ligne tous les 15 jours.

La stratégie de la poussette:

J’avoue que je suis surtout allée le voir pour Raphaël Personnaz que j’apprécie depuis La princesse de Montpensier. Ce film a été une réelle déception, il n’y a aucune originalité, je me suis ennuyée devant cette histoire improbable.

 

Le monde de Charlie: 

Le monde de Charlie de Stephen Chbosky

Le monde de Charlie de Stephen Chbosky

 

Un film très émouvant qui parle à tout le monde je pense. Il parvient à éviter la plupart des clichés sur l’adolescence. Ce que j’ai apprécié c’est qu’il ne fait pas trop « classe moyenne américaine », il parait au contraire vraiment universel. Les trois jeunes acteurs sont très bons!

 

 

 

Alceste à bicyclette:

Premier film vu après mes partiels et je dois dire que j’ai été assez déçue, je m’attendais à des répliques plus acérées, une étude un peu plus profonde des deux personnages principaux. Le film traîne beaucoup trop en longueur! J’ai en revanche trouvé Fabrice Luchini épatant (comme souvent) il prend largement le dessus sur Lambert Wilson dans ce rôle de misanthrope entier et passionné par son métier.

 

Renoir:

Renoir film de Gilles Bourdos

Renoir film de Gilles Bourdos

Le film vaut surtout pour sa très belle photographie et son atmosphère. Il ne s’y passe pas grand chose mais de toute façon je ne suis pas allée le voir pour voir un film d’action! J’ai particulièrement aimé quelques scènes assez simples très émouvantes comme celle du retour de Jean blessé à la guerre accueilli par toutes les « femmes » de la maison (qui sont tour à tour modèles, servantes, nourrices…) ou encore la scène de l’avion toujours avec Jean. Le gros bémol ce sont les deux jeunes acteurs qui jouent bien mais parlent d’une façon qui ne correspond pas du tout à l’époque du film.

 

La Parade:

Il s’agit d’un film assez surprenant dans lequel tout est exagéré,parodié et cela fonctionne pour ma part j’ai pas mal ri!

Zero Dark Thirty:

L’interprétation de Jessica Chastain est très bonne toute en sobriété. La première partie est prenante elle retrace plusieurs années de traque centrée sur le Pakistan mais pas uniquement. Mais ensuite lorsque la maison est identifiée comme celle de Ben Laden plus d’une heure avant la fin et que l’on assiste à de multiples négociations j’avoue que j’ai trouvé le temps long!

Hapiness Therapy:

J’avais beaucoup aimé la bande annonce et je crois j’ai été un peu victime de la stratégie de com’ des frères Weinstein! J’attendais beaucoup de ce film et j’ai été plutôt déçue! L’histoire est prenante,les problèmes psychologiques des personnages ne sont pas caricaturés mais il manque un petit quelque chose de plus peut être dans les dialogues. J’ai trouvé que Robert De Niro avait pris un sacré coup de vieux mais son jeu est toujours à la hauteur et j’adore sa tenue improbable à la fin du film! J’ai perçue la fin du film comme un « hommage » aux comédies romantiques!

Django Unchained:

Le film se divise en trois grandes parties:la partie chasseur de primes/le séjour à Candy Land et une troisième durant laquelle le suspense est totalement relancé.  J’ai apprécié les effets de styles qui rendent hommage aux vieux western (notamment les lettres écrites en rouge vif) ainsi que la première partie. J’ai en revanche trouvé la partie du milieu très longue (même  si la lenteur est volontaire de la part de Quentin Tarantino) j’ai surtout trouvé que Léonardo Di Caprio et Christoph Waltz se sont mis à deux pour reprendre le rôle de ce dernier dans Inglourious Basterds. Les discussions et les manipulations interminables autour d’une boisson ou d’un repas ont fini par me lasser. Heureusement que dans la dernière demi-heure le suspense et l’action sont relancés! Je garde donc une impression mitigée de ce film!

Lincoln:

Etant étudiante en Histoire j’ai eu la chance d’étudier le contexte dans lequel le film se déroule! L’interprétation de Daniel Day Lewis est excellente j’ai également beaucoup aimé celle de Sally Field qui joue l’épouse du président. Le film mêle habilement la lutte politique et la vie privée assez sombre du président marqué par la mort d’un de ses fils. Je pense que le film aurait gagné à être un peu plus court mais  il possède un souffle qui maintient  l’intérêt et je dirais presque le suspense même si a fin est connue! Spielberg a le don de nous emporter dans cette lutte pour l’abolition de l’esclavage! J’ai été particulièrement émue par une « chute » liée au personnage interprété par Tommy Lee Jones!

Hitchcock:

Un bon petit film avec de très bons acteurs. Helen Mirren est géniale, Anthony Hopkins est métamorphosé au sens propre et pour une fois Scarlett Johansson ne joue pas un personnage trop appuyé sur son sex-appeal! Il évoque la réalisation du film Psychose mais effleure aussi des thèmes plus complexes comme sa relation avec sa femme et  l’obsession d’Hitchcock pour certaines de ses actrices. Dommage que cet aspect ne soit pas davantage creusé! Le film donne surtout envie de revoir Psychose que j’ai vu il y longtemps. Un subtil humour se glisse surtout vers la fin du film! 

Transylvanie:

Le dessin animé reprend habilement de nombreux « blagues » en modifiant le point de vue Monstres/Humains. Les personnages sont sympathiques mais les thèmes (mère décédée, passage à l’âge adulte et émancipation) ne sont pas révolutionnaires!

Flight:

C’est un film très original car c’est un un blockbuster mais traite de l’alcoolisme de façon assez intimiste. J’ai trouvé la fin plutôt surprenante mais je ne vous en dis pas plus. Denzel Washington est très bon tout comme Keilly Reilly qui semble vouloir casser son image interprétant un personnage marginal et drogué.

 

Wadjda:

Wadjda de Haifaa Al Mansour

Wadjda de Haifaa Al Mansour

 

Un film qui raconte avec beaucoup d’humour comment une jeune fille tente de se jouer des … de la société saoudienne pour parvenir à ses fins! La jeune actrice est très douée, dynamique et rigolote!

 

 

 

N’hésitez pas à nous dire ce que vous avez pensé de ces films (certains sont encore à l’affiche). Je vous rappelle que ce type d’article sera désormais un rendez-vous bimensuel!

Kheira

Tag des 11 questions

C’est Bianca qui m’a donné envie de reprendre ce tag et de répondre aux multiples questions. Vous allez pouvoir en apprendre pas mal sur mon compte! Je vous laisse donc découvrir.

1. Ton roman préféré ? Le Château de Cassandra de Dodie Smith.

2. Le dernier roman que tu as lu et aimé ? Le Journal de Mr Darcy d’Amanda Grange qui a été une belle plongée dans les pensées de ce héros.

3. Le prochain livre que tu as envie de lire ? L’amour comme par hasard d’Eva Rice.

4. Ta ville préférée ?  Je n’ai pas vraiment de villes favorites. Je dirai les alentours de Quiberon, Locmariaquer, Belz dans le Morbihan (Bretagne).

5. Ton vêtement fétiche ?  Mon jean slim dans lequel je me sens à l’aise et bien dans mes baskets.

6. Ton animal totem, celui que tu préfères ou qui te symbolise ?  Le chat. Ils sont espiègles, joueurs, fières et câlins à la fois.

7. Mer ou montagne ? Mer sans hésiter. Je suis née en Basse-Normandie à quelques kilomètres de l’océan et vraiment c’est un élément dont j’ai besoin. J’aime me baigner mais aussi simplement me promener et admirer les paysages. Maintenant que je suis loin du littoral, chaque vacances se déroulent sur la côte.

8. Ville ou campagne ? Ville au quotidien et campagne pour les vacances.

9. Train, bateau ou avion ?  Bateau pour profiter pleinement de l’air marin.

10. Ton dessert favori ? Le tiramisu à la fraise maison! Miam!

11. Un musée ou un lieu culturel que tu aimes particulièrement ? Le magasin Chapitre de ma ville où j’aime repérer des bouquins.

Et maintenant place aux questions de Natiora :

1. Quel héros/héroïne de roman aurais-tu aimé être ? Hermione Granger (Harry Potter) pour vivre pleins d’aventures dans un univers magique. A 12 ans, j’aurais adoré prendre le Poudlard Express…

2. Résume-toi en un adjectif : Dynamique. Je suis quelqu’un qui a besoin de bouger tout le temps et qui rigole beaucoup. J’avoue ne pas être la dernière pour sortir des blagues!

3.  Si tu étais une chanson, tu serais… Nothing Else Matters de Metallica.

4. Tu ne sors jamais de chez toi sans… mon sac à main et mon smartphone.

5. Ton moment favori pour te plonger dans un roman ? Le matin en petit-déjeunant.

6. Sucré ou salé ? Sucré. J’aime tout ce qui est desserts, pâtisseries et bonbons. Quand je vais dans un restaurant, je regarde en premier la carte des desserts! Ahah!

7. As-tu un coup de gueule à faire passer ? S’il vous plait les maisons d’édition, serait-il possible de nous proposer des couvertures de livres un peu plus originales en faisant appel à des artistes dessinateurs ou graphistes plutôt que de piocher dans des banques de données d’images? Je sais l’habit ne fait pas le moine…

8. Et un coup de coeur ?  Mes nouvelles connaissances grâce à la blogosphère. Je leur dis merci et leur passe le bonjour! ^^

9. Ton souvenir d’enfance le plus marquant ? Je me revois souvent assise sur les genoux de mon oncle qui était paraplégique et de ce fait en fauteuil roulant. Il est décédé quand j’avais 10/11 ans mais je pense encore beaucoup à lui. (dur dur d’en parler… Je le fais parce que c’est vous hein!)

10. Une mauvaise manie dont tu n’arrives pas à te débarrasser ? Me ronger les ongles, signe extérieur de mon anxiété.

11. Ce qui te donne la pêche ? Entendre une musique, une chanson ou une mélodie que j’adore dès le matin.

Voilà. Qu’en pensez vous? Celles et ceux qui souhaitent reprendre ces questions n’hésitez pas! Je lirais avec plaisir vos réponses.

Fanny

La Fabrique de l’intime, mémoires et journaux de femmes du XVIIIe siècle de Catriona Seth

Voici un article à propos d’un livre qui, j’en suis certaine, intéressera pas mal de lecteurs et lectrices de ce blog. Je suis passionnée d’histoire et avoir l’opportunité de recevoir un livre tel que celui-ci est une aubaine. Merci aux éditions Robert Laffont. Il s’agit là d’un recueil de mémoires et de journaux de femmes ayant vécues entre le début du XVIIIe et le tout début du XIXe siècle.

A propos de l’auteur

Catriona Seth est enseignant-chercheur spécialiste du siècle des Lumières à l’Université de Lorraine. Elle a notamment participé à l’édition de romans de cette période comme Les Liaisons dangereuses de Pierre-Ambroise Choderlos de Laclos chez Gallimard pour la Bibliothèque de la Pléiade. Avant d’obtenir son agrégation, elle a travaillé comme traductrice-interprète dans le privé.

La maison d’édition Robert Laffont m’a proposé de me mettre en contact avec l’auteure. Chose que j’ai tout de suite accepté. C’est ainsi que Catriona Seth a gentiment répondu à nos questions. Pour son interview qui complète cet article, c’est par ici : Interview de Catriona Seth, auteure de La fabrique de l’intime.

Le livre

Ce recueil réunit des écrits personnels de femmes qu’elles soient très connus, comme Germaine de Staël ou bien inconnu du grand public. Peu importe les classes sociales dont ces femmes sont issues ou leur rôle dans l’histoire , elles ont su faire parvenir jusqu’à nous leurs témoignages à propos de leur temps. Dans une première partie d’une cinquantaine de pages, Catriona Seth nous explique qui écrit, dans quel contexte et pourquoi.  Ces questions sont bien souvent liées à la condition sociale ou à la place de la femme dans la société. Qu’elles soient laïques ou religieuses, aristocratiques ou du peuple, elles nous donnent à voir leur époque.

« En grande partie, l’écriture au féminin est un phénomène parisien, aristocrate ou bourgeois. »

La seconde partie du livre est consacrée aux textes. Un par femme, ils sont plus ou moins longs. Chacun d’entre eux est introduit par l’auteure. Je n’ai pas lu ce livre de bout en bout. J’ai préféré faire une sélection de textes qui m’intéressaient et qui m’apporteraient différents point de vue sur l’époque. Je vais vous en présenter deux :

Victoire Monnard est une jeune fille, assez impertinente et effrontée, du peuple née dans une famille de fermier. A l’âge de six ans, elle est tout de même envoyé à l’école puis en pension. Elle nous expose la vie dure que mène ses parents, les nombreux accidents domestiques, la mortalité infantile très élevée, la religion, les travaux agricoles, les moments de loisirs (la fête du village avec notamment une loterie), la description très détaillée des us et coutumes de cette catégorie sociale, la révolution française. Elle couche également sur le papier ses sentiments et son souhait de partir pour la capitale où elle travaille et devient une femme très indépendante. Elle nous raconte son enfance, son établissement à Paris puis son mariage et la naissance des ses enfants. Elle aura vécu sous Louis XVI, la révolution française et Napoléon Ier.

Germaine de Staël fait parti de l’aristocratie. Elle est fille d’un banquier. En 1786, elle devient baronne de Staël en épousant un ambassadeur de Suède. Mais en parallèle de sa vie maritale, elle possède une vie sentimentale agitée. Elle se séparera de son époux en 1800. Favorable à la révolution française, elle doit régulièrement se réfugier chez son père en Suisse. Napoléon Ier va d’ailleurs l’interdire de séjour en France. Elle a énormément écrit au long de vie. Le texte sélectionné est rédigé en 1785. Nous sommes juste avant son mariage et son principal prétendant lui est présenté pour organiser un mariage arrangé. Elle le rencontre une première fois à Paris. Puis, c’est lui que se déplace pour passer du temps avec sa future belle-famille. L’écriture est recherchée. Nous avons clairement affaire à une femme de lettres. Les sentiments sont exposés avec beaucoup de pudeur.

Un livre très enrichissant et innovant. Ici la parole est donnée aux femmes avant tout. Celle qu’elles n’ont pas pu exprimer à leur époque.  Ce recueil est un trésor pour celles et ceux qui souhaite en apprendre sur le siècle des Lumières du point de vue des femmes de différentes catégories sociales. Quel regard portent-elles sur leur société? Quels sont leurs préoccupations?Mais attention il s’agit d’un pavé de plus de 1200 pages et d’une lecture exigeante. Les tournures de phrases sont bien différentes de ce que nous avons l’habitude de lire.

« Décidées à écrire sans se faire éditer, de nombreuses femmes ont concilié ambitions littéraires et respect des conventions sociales, une résolution de la tension entre les élans vers l’écriture et le refus de s’exhiber sur la scène littéraire. »

Quelques liens intéressants

Extrait du journal de Félicité de GenlisArticle dans le républicain lorrain – Article sur le site Fabula – Recherche en littérature – Page du livre sur le site de la collection Bouquins des éditions Robert Laffont

Quelques portraits de femmes citées dans La Fabrique de l’intime

     Madame Germaine de Staël (1766-1817) par François Gérard

Jeanne-Marie Roland de la Platière (1754-1793) par Adelaide Labille-Guiard Madame Germaine de Staël (1766-1817) par François Gérard

 

Suzanne Necker (1737-1794) par Jean-Sifred Duplessis

Encore merci aux éditions Robert Laffont pour cette très belle découverte!

    

Fanny

Interview de Catriona Seth, auteure de La fabrique de l’intime

Catriona Seth, écrivain de La Fabrique de l’intime, mémoires et journaux de femmes du XVIIIe siècle est très active sur la toile. C’est tout naturellement qu’elle a répondu  à ces quelques questions avec beaucoup de précisions.

Laissons lui la parole. Je tiens à préciser qu’aucune modification n’a été apportée. Il s’agit de ses réponses telles qu’elle me les a transmise.

Photo de profil du twitter de Catriona Seth

1) Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de ce blog : votre parcours, vos thèmes de recherche, ce qui vous passionne dans l’Histoire.

En tant qu’individu, je me sens profondément européenne. J’ai été élevée entre deux langues – l’anglais et le français. J’ai été à l’école au Royaume-Uni, en Suisse, au Venezuela, en Belgique, et à l’université à Oxford et à la Sorbonne.

Je suis spécialiste du XVIIIe siècle, actuellement professeur à l’université de Lorraine, après avoir occupé plusieurs postes dans le secteur privé, puis soutenu une thèse et passé l’agrégation.

Il me semble que l’histoire est une matière vivante. J’aime à découvrir dans mes domaines d’étude des questionnements analogues aux nôtres, tout en mesurant les différences qui nous séparent des hommes et des femmes d’autrefois. Quand j’ai travaillé sur l’inoculation (l’ancêtre de la vaccination[1]), j’ai retrouvé des interrogations semblables à celles que suscitent certaines pratiques médicales actuelles. Lorsque j’ai rassemblé des textes sur Marie-Antoinette[2] je me suis demandé pourquoi elle polarisait encore les passions entre admirateurs et détracteurs, plus de deux siècles après sa mort. En éditant récemment Les Liaisons dangereuses[3], j’ai eu l’occasion de réfléchir sur la réception du livre à l’époque de sa publication – les contemporains de Laclos y lisaient-ils les mêmes choses que nous ? – mais aussi sur les raisons de son succès considérable de nos jours.

Tout cela pour vous dire que l’histoire m’intéresse dans la mesure où elle nous parle de ceux qui nous ont précédés, mais qu’elle nous apprend des choses sur nous-mêmes et sur le monde contemporain.

2) Comment vous est venu l’idée d’écrire cette anthologie ?

La réponse immédiate est qu’un livre peut en cacher en autre. En effet, j’avais préparé, à la suggestion de Stéphane Barsacq et de Daniel Rondeau, un volume sur Marie-Antoinette pour la collection Bouquins. Ils en avaient été contents et m’avaient demandé ce que je voulais faire d’autre pour eux. J’ai réfléchi à la fois à la collection, qui occupe un créneau à part dans le paysage éditorial français – un millier de pages, c’est un formidable espace de liberté –, et à mes propres centres d’intérêt. J’ai proposé une anthologie de textes autobiographiques de femmes du XVIIIe siècle parce qu’il n’existait rien de ce genre et parce qu’il me semblait qu’un tel recueil avait du sens : il permet de montrer que les femmes de l’époque, souvent confinées, pour leurs activités, à la sphère privée, trouvent dans l’écriture un espace de liberté et nous offrent ainsi en quelque sorte l’envers de l’histoire : ce que nous n’avons pas vu ou entendu justement parce que leurs textes sont de l’ordre de l’intime. On peut donc y trouver ce qui ne se dit pas forcément publiquement mais qui n’en reste pas moins bouleversant pour l’individu comme pour la société.

3) Ce livre a sans aucun doute nécessité un long travail de recherche. Pouvez-vous nous préciser les lieux où vous vous êtes rendue afin de réunir ces témoignages du XVIIIe siècle?

L’un des grands plaisirs, pour le chercheur, est de se rendre dans des bibliothèques diverses. J’aime beaucoup celles de Rouen, de Versailles ou de Nancy, qui ont toutes à leur manière des fonds exceptionnels. Je me rends aussi bien entendu la Bibliothèque Nationale, mais aussi à l’Arsenal – à laquelle je suis particulièrement attachée car c’est la première des grandes bibliothèques parisiennes que j’ai fréquentée – ou à la Mazarine entre autres. Je me plongée dans des fonds conservés à l’étranger. Je connais bien certaines bibliothèques anglaises : la British Library à Londres, la Bodleian et la Taylorian à Oxford, qui me rappellent mes années d’étudiante. J’ai aussi eu l’occasion de consulter les papiers d’une archiduchesse d’Autriche dans les archives impériales à Vienne ou encore, pour l’un des textes inédits que je reproduis, d’aller chez les descendants de la diariste, dans un charmant petit château suisse.

4) Sur quel(s) critère(s) avez-vous sélectionné les différents textes qui apparaissent dans votre livre ?

Dès que j’ai eu l’idée du projet, je savais que j’inclurais certains textes : ceux de Marie-Jeanne de Staal-Delaunay, qui a un rôle d’inauguratrice, infléchissant profondément le genre des mémoires, de Charlotte-Nicole Coquebert de Montbret, dont les papiers de famille sont conservés à Rouen, de Marie-Aimée Steck-Guichelin, une de ses amies, dont les écrits sont très émouvants… J’ai aussi cherché une certaine représentativité. Comme j’essaie de l’expliquer dans l’introduction, il est impossible d’entendre la voix des analphabètes, sauf de manière indirecte (s’ils font l’objet d’un interrogatoire de police, par exemple). J’ai essayé de mettre en évidence, malgré cela, car j’étais limitée aux écrits, une grande variété de parcours, d’horizons, de niveaux d’éducation, de milieux sociaux. Je suis allée à la chasse d’une autobiographie spirituelle et j’ai lu différentes choses avant de tomber sur le récit remarquable de Françoise-Radegonde Le Noir. Je me suis mise en quête de propos tracés par des femmes du peuple. Victoire Monnard, la plus jeune des treize femmes incluses dans le volume, est presque illettrée au moment où elle vit en direct les événements révolutionnaires : elle est alors apprentie lingère à Paris. Elle apprendra vraiment à lire et à écrire plus tard comme elle l’explique dans ses souvenirs.

Je n’ai pas voulu introduire d’échelle des valeurs entre les femmes qui travaillent et de grandes dames comme Isabelle de Bourbon-Parme. J’ai souhaité mettre en évidence la diversité de leurs écrits et la liberté qu’elles pouvaient avoir grâce à eux : ces différentes femmes ont en commun des interrogations sur elles-mêmes et sur les autres ; leurs écrits deviennent à l’occasion, selon la belle formule de Suzanne Necker, un « spectateur intérieur ».

Il me semble aussi que tous les textes recueillis témoignent d’une aisance d’écriture, d’une ouverture au monde, d’une sensibilité qui les rend encore passionnants pour nous. Avec eux, nous avons l’impression de découvrir des individus sans intermédiaire, de les entendre « en direct » en quelque sorte. C’est un privilège extraordinaire que d’avoir accès ainsi sans écran aux propos de ces femmes.

5) Est-ce, pour vous, une preuve de modernité voire un début d’émancipation dans le fait qu’une femme de cette époque prenne l’initiative d’écrire ? Vous évoquez également son entrée en politique.

Il me semble qu’écrire son journal intime est implicitement une revendication : celle d’avoir un espace à soi où s’exprimer comme on le souhaite. En plus, les textes du for intérieur ressortissent à un genre sans règles véritables donc dans lequel on fixe soi-même les limites du contenu, le niveau de langue et ainsi de suite. Beaucoup de femmes utilisent le journal pour se mettre à l’épreuve, se questionner sur leurs propres pratiques et sentiments. J’ai souhaité recueillir ces textes intimes, bien moins connus que les écrits politiques des dernières années du XVIIIe siècle.

L’entrée en politique de la femme est bref et sanglant, au moment de la Révolution. On songe au cas d’Olympe de Gouges bien entendu. La Révolution entraîne le triomphe d’une société virile qui réduit la femme au rôle de mère des enfants de la république et de compagne des héros. Le code civil entérine l’inégalité entre les sexes. On ne peut pas dire, malgré des réformes sur le plan légal, que cet héritage ait disparu complètement. Je n’ai pas cherché cet aspect-là des choses, même si plusieurs des femmes dont je reprends les textes ont joué des rôles directs ou indirects dans une France bouleversée – je pense à Manon Roland, à Félicité de Genlis ou à Germaine de Staël. Le cas de Mme Roland est particulièrement clair : j’ai reproduit ses Mémoires particuliers, pas ses textes proprement politiques. L’enjeu, dans les écrits intimes, est autre, plus durable et, à sa manière plus profond.

6) Germaine de Staël et Suzanne Necker, que vous citez, furent toutes les deux de célèbres salonnières. Pouvez-vous nous en apprendre plus sur ces réunions culturelles mais aussi politiques ? Avaient-elles une véritable influence ?

Suzanne Necker a utilisé son salon pour promouvoir la carrière de son mari. Elle a réussi admirablement. Germaine de Staël a tenu un salon à Paris et, plus important encore, en exil, au début du XIXe siècle, elle réunit autour d’elle les têtes pensantes de l’Europe entière en Suisse dans son château de Coppet. La mère et la fille avaient la chance de disposer de carnets d’adresses fournis et de moyens considérables. Elles pouvaient ainsi recevoir à la fois des écrivains et artistes – c’est chez Mme Necker qu’on décide de commander à Pigalle la célèbre statue de Voltaire nu ou encore que Bernardin de Saint-Pierre lit en avant-première Paul et Virginie – et des hommes politiques, des diplomates ou des militaires. Je pense que ces réunions privées avaient une véritable influence à la fois dans le domaine de la diffusion des idées ou des modes, dans la mise sur pied de groupes de pression – des lobbies avant l’heure – et dans la formation d’une élite intellectuelle et politique susceptible d’influencer l’opinion. Grâce aux salons, les femmes ont sans aucun doute joué un rôle, mais un rôle discret souvent, restant dans l’ombre de figures publiques essentiellement masculines, influençant les élections académiques ou les nominations à des postes, mais sans prendre la parole ouvertement sur la scène publique. Suzanne Necker, qui ne publiait pas ses textes, et Germaine de Staël, auteur célèbre de grands romans et essais, sont toutes deux des écrivains de premier rang et qui cherchaient, chacune à sa façon, des modes d’expression dans un univers égalitaire.

Madame Germaine de Staël (1766-1817) par François Gérard   

Madame Germaine de Staël (1766-1817) par François Gérard et Suzanne Necker (1737-1794) par Jean-Sifred Duplessis

Merci encore à Catriona Seth pour sa gentillesse et pour avoir donné un peu de son temps afin de nous concocter ces réponses. J’éspère que vous en aurez appris autant que moi sur le siècle des Lumières du point de vue des femmes.

Fanny


[1] Pour Les rois aussi en mouraient. Les Lumières en lutte contre la petite vérole (Desjonquères, 2008).

[2] Marie-Antoinette. Anthologie et dictionnaire (Laffont, Bouquins, 2006).

[3] Pour les éditions Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade, 2011).

New Victoria, Tome 1 de Lia Habel

Résumé de l’éditeur

Bienvenue à New Victoria.
La guerre a anéanti les États-Unis. Sur les décombres, une nouvelle civilisation a éclos : le dernier refuge de la morale d’un temps révolu. Car l’avenir est terrifiant. Aux frontières du pays, des combats armés font rage, opposant le régime politique en place à des rebelles sanguinaires qui semblent résister à tout, même à la mort.
Nora a un destin tout tracé : épouser un membre de la haute société et collectionner les robes de bal. Faire honneur à la mémoire de son père, l’éminent docteur Dearly. Rien, dans sa délicate éducation victorienne, ne l’a préparée à un violent kidnapping, ni à survivre dans le camp d’une faction rebelle.
Et pourtant elle devra surmonter ses craintes et ses préjugés pour comprendre la nature du véritable danger qui menace les vivants… comme les morts !

Chronique

Ce roman est un mélange de plusieurs genres : dystopie, steampunk, science-fiction et romance. Pour une seconde approche de ce type de lecture, ce livre a satisfait mes attentes. Il s’agit d’un tome de mise en place. L’action est assez lente. Il ne se passe pas forcément grand chose au niveau de l’intrigue sauf à la fin où l’action se précipite un peu. Mais ceci permet beaucoup de détails que ce soit à propos des personnages ou de l’univers qu’a créé l’auteure. J’ai été transportée dans un autre monde. J’ai suivi avec passion les aventures des personnages. J’apprécie vraiment ces histoires de chaos où les protagonistes n’ont pas d’autre choix que de tenter de se raccrocher à l’essentiel c’est à dire l’amour, l’amitié, la solidarité et ce qui vaut la peine d’être vécu. Une belle leçon est donnée puisque la différence et la diversité sont enrichissantes et nous rendent plus fort.

Par contre, j’ai trouvé la fin un peu rapide voir facile. On soupçonne ce qu’il va se passer dans le tome suivant. D’ailleurs j’ai un peu peur d’une certaine redondance. J’éspère que l’auteur saura nous surprendre et nous apporter un récit un peu plus dynamique. Pour ce qui est de la forme, chaque chapitre correspond à un point de vue différent répartis entre cinq personnages. Le style d’écriture est très agréable et fluide. Les pages se tournent sans problème et pourtant il s’agit d’un beau pavé!

Je ne connais pas encore bien ce genre littéraire. Le premier livre de ce style que j’ai lu est le tome 1 d’Insaisissable de Tahereh Mafi (que j’ai adoré) donc je ne pense pas être en mesure de bien appréhender toutes les subtilités et pouvoir critiquer la crédibilité de ce roman. Mais je pense qu’il peut s’agir d’un bon livre pour débuter une immersion dans ce monde.

A souligner qu’il s’agit du premier livre écrit par l’auteure donc « chapeau »! Je lirais le second tome sans aucun doute. Il sortira aux éditions Castlemore le 12 avril 2013.

Fanny

Les hommes sont des cons de Chaval

Reçu grâce à l’événement Masse Critique organisé par le site Babelio, j’avais au départ tenté ma chance pour plusieurs livres. J’ai été sélectionné pour celui-ci et j’en suis ravie puisque je ne connaissais pas du tout ni l’auteur ni ces dessins. Je suis toujours partante pour de belles et nouvelles découvertes.

Résumé de l’éditeur

Pour tous les amateurs de dessin d’humour, Chaval est considéré comme le dessinateur. Il fut une sorte de météorite, un homme ambigu et lucide pour qui, plus que quiconque, l’humour est la politesse du désespoir. « Si mes dessins sont meilleurs que les autres, c’est qu’ils vont jusqu’au bout : ils détruisent tout. Mais ils vont jusqu’au bout parce que j’y vais moi-même, et que je me détruis aussi », avait-il déclaré. Quarante-quatre ans après son suicide, Chaval est encore et toujours notre contemporain, pour le meilleur et, bien sûr, pour le pire.

Chronique

Il s’agit d’un recueil de dessins de l’illustrateur Chaval. Ce dernier est né en 1915 et se donne la mort en 1968. Durant la seconde guerre mondiale, il semble avoir collaboré d’une certaine façon non pas en adoptant l’idéologie de l’Allemagne nazie mais par ses dessins antisémites que le journal pro-nazi Le Progrès a publié. Mais des années plus tard, il s’en est repenti disant que les esquisses de cette époque là était les plus mauvaises de sa vie. C’est dans les années 50 qu’il devient vraiment connu. Homme aux multiples talents (dont il ne semble pas être conscient), il est cinéaste, dessinateur, écrivain et graveur. Impulsif et ayant des idées très arrêté sur la société, il fait preuve d’une clairvoyance incroyable sur le monde qui l’entoure que ce soit sur la vie politique, l’individualisme croissant ou encore la bêtise humaine. Mais, il a une vie privée tourmentée qui va le mener au suicide.

Le commencement de la sagesse

Dans ce livre, les illustrations sont regroupées par grands thèmes : hommes, culture, politique, amour, bêtes, etc… Le style est épuré que ce soit dans l’environnement où évolue les personnages que dans le trait lui même. N’apparait que le strict nécessaire à la compréhension du dessin. Il lui suffit souvent d’ajouter un petit détail ou un trait afin d’apporter toute la force à son œuvre. Et oui une image se lit, chaque élément compte. Plusieurs types d’humour sont réunis : satire politique, absurde, dérision, humour noir. Certains dessins n’ont pas pris une ride et sont malheureusement toujours d’actualité.

Par contre, je pense être passée totalement à coté de certaines illustrations. Ceci est notamment du au fait qu’elles ont été réalisées à une autre époque bien différente de la nôtre. D’autres ont été ébauché sans forcément chercher à faire sourire le lecteur.

Je remercie vraiment la maison d’édition Les Cahiers dessinés ainsi que Babelio pour cette belle découverte.

Chaval, Tous les hommes sont des cons, éd. Les cahiers dessinés, 208 p., 19€

Fanny