Les débutantes de J. Courtney Sullivan

Un vrai coup de coeur!

Les débutantes

Résumé: Sally, Celia, April et Bree se rencontrent sur le campus de la mythique université féminine de Smith, célèbre à la fois par la qualité de son enseignement et l’esprit féministe et libertaire qui y règne, dont l’ambiance particulière avait déjà inspiré Sylvia Plath ou Joyce Carol Oates. Ce roman d’initiation relate leurs années de formation et leurs débuts dans la vie.

Je m’attendais à une lecture détente comme j’ai pu voir dans les critiques de ce roman. Je me demande si ceux qui ont écrit cela ont réellement lu ce roman. Car les  thèmes qui y sont développés sont loin d’être légers: le deuil, les difficultés amoureuses et surtout le féminisme.

Le récit est habilement construit. L’auteur nous présente tout d’abord la description de leur amitié née sur le Campus, leur quotidien dans cette université et leur passé. Ce récit ne constitue rien d’extraordinaire mais on s’attache à elles, on s’identifie tour à tour à chacune d’entre elles. Cela sonne vrai et sincère. Il faut dire que l’auteur a effectué ses études dans cette université.

On les retrouvent ensuite 4 ans plus tard alors qu’elles ont essayé de réaliser leurs projets. Une des questions que pose ce roman c’est le fait de trouver sa place, de réaliser ce que l’on a vraiment envie de faire. On peut se demander si elles ont réellement été « elles-même » durant leur quatre années à l’université, coupées des garçons et de leurs familles. Ont-elles encore quelque chose en commun maintenant que leurs vies ont pris des chemins très différents? « Il y a plusieurs façons d’avoir 26 ans » comme l’écrit l’auteur.

Ensuite, l’histoire est relancée par un évènement (je ne vous en dit pas plus) qui introduit du suspense jusqu’aux dernières pages du livre et montre les réactions psychologiques des différents personnages. Il s’agit donc d’une roman universel mais aussi marqué par la société américaine (April une des filles est une feministe très active). C’est un roman que j’ai dévoré dans lequel j’ai déjà envie de me replonger! Mais il ne faut surtout pas s’attendre à de la Chick-lit ou à un roman à lire sur la plage.

Je pense que je ne vais essayer de me procurer Maine!

Kheira

Folles de Django de Alexis Salatko / Rentrée littéraire 2013

Je vous retrouve aujourd’hui avec une biographie romancée qui se place directement en deuxième position dans l’ordre de préférence des romans de la rentrée littéraire que j’ai pu découvrir. Un livre excellent, passionnant, bien écrit, enrichissant et bien mené.

Alexis Salatko est habitué à cette exercice puisqu’il a déjà écrit plusieurs biographies romancées de personnalités comme Louis-Ferdinand Céline (Céline’s Band), Flannery O’Connor (Milledgeville, sanctuaire des oiseaux et des fous) ou encore Vladimir Horowitz (Horowitz et mon père). Ici l’auteur se penche sur le fondateur et la grande figure du jazz manouche : Django Reinhardt. Je connais déjà bien quelques-uns de ses morceaux. C’est une musique que j’apprécie et que je ne rechigne pas à écouter. J’ai donc été ravie de cette lecture qui m’a permis de comprendre les fondements de ce genre ainsi que la vie de son créateur et de son entourage. Avec ce roman, Alexis Salatko nous offre une plongée dans le milieu musical et plus particulièrement du jazz des années 1930 aux années 1950. Nous croisons le chemin entre autres de Jean Cocteau, Duke Ellington ou encore Louis Armstrong.

A travers le regard de trois générations de femmes, nous découvrons un homme qui aurait pu être également un véritable personnage de roman. Nous avons donc Maggie puis sa fille Jenny et enfin sa petite fille Dinah qui prennent chacune le relais et une place importante auprès de Django. Pour les deux premières ce sont même des relations plutôt ambiguës. Elles l’ont toutes soutenue à leur manière dans les moments de galère comme dans les moments de gloire. Maggie meurt en véritable héroïne durant la seconde guerre mondiale. Ce personnage m’a d’ailleurs beaucoup touché.

Django est un personnage plein de paradoxe : attachée à sa culture manouche tout en flambant grâce à des voitures américaines ou des vêtements pour le moins inattendus (chaussures avec un costume blanc ou encore foulard en soie). Nous découvrons aussi un caractère et une vision de la vie particulière. Même si parfois il a un culot pas croyable on finit par le pardonner car il a souvent grand cœur. Il s’agit d’un personnage vraiment sympathique vu de l’extérieur. Je dis ceci car à mon avis (et celui de l’auteur) travailler avec une personne comme lui devait demander beaucoup de patiente et de tolérance !

Alexis Salatko  apporte un ton et une écriture particulière grâce à l’utilisation de mots gitans, à un ton léger mais aussi très familier. Ceci nous rend ce grand personnage très proche de nous. L’auteur nous apporte également une analyse de la musique de Django : ses inspirations, son combat pour rejouer après la perte de ses doigts mais aussi ses doutes. Par contre, j’aurais bien aimé qu’à la fin l’auteur nous explique son travail de recherche, ses sources ainsi que la part de fiction de son roman.

Pour terminer, il s’agit réellement d’un bon livre pour en apprendre beaucoup sur Django Reinhardt en peu de pages et facilement. Son histoire résonne encore en nous après la lecture. Me voilà qui réécoute Minor Swing, Georgia on my mind ou encore son interprétation du 1er mouvement du concerto en ré mineur de Jean-Sébastien Bach : des mélodies devenues mythiques. En fait nous avons les avantages d’une biographie sans en avoir les inconvénients c’est-à-dire l’exigence et la grande attention que demande souvent leur lecture.

Merci aux éditions Robert Laffont, à Christelle ainsi qu’à Cécile pour l’envoi de ce roman.

Réécouter l’émission Le grand bain de France Inter : Alexis Salatko raconte Django 

Interview de l’auteur :

Fanny

Une si belle image de Katherine Pancol

Une si belle image

 

Je n’ai jamais lu de roman de Katherine Pancol. Mais cette biographie un peu romancée ou du moins subjective sur Jackie Kennedy et son mythe m’a semblé intéressante.

L’auteure insiste sur la jeunesse de Jackie Kennedy.  J’ai trouvé cela très intéressant car je ne connaissait pas cette partie de sa vie. On y découvre notamment l’influence de son père surnommé « Black Jack » beau, charismatique, très aimant mais aussi dépensier et coureur de jupons. L’auteur tente de deviner la psychologie de Jackie au prisme du divorce de ses parents.  J’ai appris pas mal de choses sur ses études, ses séjours en Europe et le fait par exemple qu’elle ait gagné un concours de journalisme.

Jack Vernon Bouvier III le père de Jackie

Jack Vernon Bouvier III le père de Jackie

Vient ensuite son mariage avec John Fitzgerald Kennedy, ses relations difficiles avec le clan Kennedy hormis le patriarche Joe avec qui elle s’entend bien. L’auteure dissèque la mise en scène des funérailles de JFK qui révèlent toute la maturité de Jackie et sa capacité à « manipuler » les médias. Son mariage avec Aristote Onassis choque car les médias l’imaginaient plutôt en veuve éternelle, c’est pourquoi Katherine Pancol tente de réhabilité cette histoire et la personnalité d’Aristote Onassis! La suite de sa vie n’est que sommairement esquissée car Jackie se fait alors très discrète.

C’est donc une lecture d’été à la fois agréable et instructive. J’ai souri lorsque j’ai lu dans ce livre l’anecdote sur le coup de Marylin Monroe qui a été vu comme un scoop par les médias cet été. L’étrange coup de fil de Marylin.

Kheira

Des pêches pour Monsieur le Curé de Joanne Harris / Rentrée littéraire 2013

Ce livre fait suite au roman à succès de Joanne Harris : Chocolat. Vianne a continué sa vie mais loin de Lansquenet. C’est à Paris que nous la retrouvons à bord d’une péniche aménagée en habitation. Mais un évènement va quelques peu troubler sa vie. En effet, elle reçoit une lettre d’outre-tombe d’Armande lui sommant de revenir à Lansquenet car là-bas des gens ont besoin d’elle.

Nous voilà repartie pour Lansquenet mais cette fois les problèmes et les divergences sont beaucoup plus difficiles à gérer et assez délicats. En effet, nous assistons plus à une guerre entre deux religions : catholiques et musulmans. Cette communauté s’est installée dans un quartier de la ville. Mais quiproquos, incompréhensions et autres préjugés vont mettre le feu aux poudres.

Ce roman ne m’a pas vraiment emballé. Je pense que l’auteure met beaucoup de ses convictions personnelles en avant dans son roman. Ceci m’a gêné car soit le lecteur est d’accord avec ses idéaux soit pas du tout. Je trouve ce choix assez audacieux. Mais avec moi ceci n’est passé qu’à moitié. Je suis assez hermétique à toutes formes de religions donc c’est vrai qu’avoir sous les yeux 500 pages où ce thème est archi-présent a été un peu difficile. Mais heureusement l’auteure fait passer beaucoup de messages à mon avis positifs comme par exemple que bien souvent la religion n’est qu’un prétexte à la haine ainsi qu’un message de tolérance. Ceci m’a un peu réconciliée avec ce roman.

Le style de l’auteure est fluide et agréable. Mais malheureusement peu d’émotions sont passées… Cette fois-ci Monsieur le Curé est très attachant mais Vianne et ses filles beaucoup moins. D’ailleurs ces dernières, si craquantes, m’ont semblé être reléguées au rang de personnages secondaires alors qu’il y avait un véritable potentiel à les faire agir un peu plus.

Sur ce livre, la mise en page est bien pensée. Le roman est divisé en plusieurs grandes parties et sous le numéro de chaque chapitre un quartier de lune est dessiné. La couverture et le design sont vraiment très chouettes.

Pour finir, ce roman n’a pas su me séduire. Je n’ai pas retrouvé les qualités du premier roman. La tolérance à outrance à fini par m’agacer et m’exaspérer. Je pense que les convictions de l’auteure ont été trop présentes pour moi.

Merci aux éditions Charleston pour la découverte de ce roman.

Sortie le 26 août 2013.

Fanny

The marriage plot (Le roman du mariage) de Jeffrey Eugenides

The marriage plot

Résumé: Le Roman du mariage est l’histoire de trois étudiants américains, une fille et deux garçons, qui se rencontrent à l’université de Brown, au début des années 80. Ensemble, ils découvrent avec exaltation la littérature, le sexe, Roland Barthes et les Talking Heads. Madeleine tombe sous le charme de Léonard, Mitchell tombe sous le charme de Madeleine. Tel un personnage de Jane Austen, la jeune femme se retrouve au coeur d’un dilemme, entre l’amant maniaco-dépressif et le gendre idéal attiré par la spiritualité. Mais l’Amérique de Reagan n’est pas l’Angleterre victorienne, et l’amour n’a plus le même sens.

J’ai choisi de le lire en V.O mais il est disponible en V.F aux Éditions de l’Olivier.

J’ai tout de suite été attirée par ce roman dont l’héroïne est une étudiante passionnée de littérature du XIXè. Je pensais m’identifier très facilement à elle. Grosse erreur, le personnage de Madeleine est en fait assez antipathique. Elle m’a semblé assez égoïste et toujours mue par une sorte de colère. Les deux personnages masculins sont plus attachants mais loin d’être parfaits. Mitchell est amoureux de Madeleine et attiré par les religions ce qui le mènera à voyager très loin (je ne vous en dis pas plus). C’est le personnage que j’ai préféré et je pense que Jeffrey Eugenides s’inspire un peu de lui même. L’autre personnage masculin, Leonard dont Madeleine tombe amoureuse, est billant mais souffre de dépression. Contrairement à ce que pourrait laisser imaginer le résumé, l’arrière-plan historique et culturel des années 1980 n’est pas très développé mais ce n’est pas gênant du tout, cela confère quelque chose de plus universel à l’histoire.

L’auteur s’amuse donc à nous montrer à travers l’avancée des recherches de Madeleine que les enjeux du mariage sont différents aujourd’hui mais que les choix amoureux sont loin d’être plus faciles! Le milieu social par exemple reste toujours assez pesant dans les choix amoureux (on le voit bien à travers les réactions de la mère de Madeleine). Jeffrey Eugenides a une manière assez particulière de raconter une année de la vie des personnages toute en l’enrichissant de nombreux retours en arrière qui permettent de comprendre les personnages (surtout concernant Léonard et Madeleine).

On ne peut pas dire que ce soit réellement « passionnant » mais on a tout de même envie de connaître les choix des trois personnages principaux et je n’ai pas été déçue par la fin!

Kheira

Le jardin blanc de Stéphanie Barron / Rentrée littéraire 2013

En 2008, Jo Bellamy, paysagiste, se voit confier un travail particulier. En effet, un riche américain lui demande de reproduire à l’identique pour sa nouvelle propriété le célèbre Jardin Blanc de Sissinghurst (Royaume-Uni) appartenant à Vita Sackville-West et son mari Harold Nicolson. Une fois arrivée dans le Kent pour commencer ses relevés, elle fait une étrange découverte. Dans une cabane à outils elle retrouve un carnet qui renferme bien des mystères. Tout rappelle l’écriture et le style de Virginia Woolf, grande amie de Vita, mais les dates ne correspondent pas. Plusieurs questions se font jour : Et si Virginia Woolf ne s’était pas suicidée le 28 mars 1941 ? Pourquoi le grand-père de Jo s’est-il, lui aussi, donné la mort avant qu’elle ne parte pour l’Angleterre ?

Nous avons donc à faire à une réécriture de la mort d’une auteure célèbre du début du XXe siècle : Virginia Woolf. Je n’ai jamais lu un seul de ses romans. Autant vous dire que j’ai appris beaucoup de choses en lisant ce livre. Il est d’ailleurs très facile de démêler les faits historiques de la fiction pendant notre lecture. On en apprend également beaucoup sur la vie de Vita Sackville-West durant la seconde guerre mondiale ainsi que sur leur petite communauté d’intellectuels : le Bloomsbury Group.

Le gros point faible de ce roman est l’intrigue qui n’est pas particulièrement poussée ni très originale. Elle aurait surement mérité d’être un peu plus fouillée. En effet, nous sommes censés suivre les héros dans la recherche d’un fragment de document perdu. Or, leur progression est trop facile et les obstacles aisément surmontables. C’est dommage car il y a tout un contexte propice à la mise en place d’une aventure passionnante et haletante.

Stéphanie Barron a une écriture fluide et maitrisée. Cependant quelques tournures de phrases très localisées m’ont paru étranges à certains moments. Ceci est surement dû à la traduction. J’ai parfois eu du mal à bien identifier les liens entre les personnages entourant Vita et Virginia. Mais une fois le roman bien lancé, il n’y a plus eu de problème. L’auteure a une très bonne maitrise de l’horticulture. Elle décrit avec précision et une certaine admiration ce jardin blanc. Ces détails laissent rêveurs et m’ont fait voyager car j’ai retrouvé l’ambiance des jardins anglais. Dans le roman, il est clair que le jardinage est un exutoire et un pied de nez à la guerre qui fait rage et aux bombardements. Un joli paradoxe.

Il s’agit d’un bon roman servi par une belle écriture. Il est très certainement divertissant mais aurait mérité une intrigue davantage travaillée. Cependant il reste agréable à lire et les pages se tournent toutes seules malgré ses quelques petits défauts. Je retiendrais de ce livre des connaissances sur le Bloomsbury Group ainsi que les descriptions horticoles.

Merci aux éditions Robert Laffont – NiL, à Christelle ainsi qu’à Cécile pour l’envoi de ce roman.

Fanny

Le docteur Jivago de Boris Pasternak

Le docteur Jivago

 

Il y avait assez peu de « suspense » dans cette lecture car j’ai déjà  vu deux adaptations celle de David Lean (1965) avec  Julie Christie et Omar Sharif ainsi celle de Giacomo Campiotti (2002) avec Keira Knightley et Hans Matheson. C’est peut être pour cette raison j’ai mis pas mal de temps à lire ce long roman! D’autant plus que la romance entre le docteur Jivago et Lara ne commence que relativement « tard » dans l’intrigue.  Ce roman est très riche en thèmes et balaye une période dont l’Histoire est très mouvementée.  Je vais essayer de survoler ici ce qui m’a le plus marqué dans ce roman, ce sera déjà bien!

Des personnages pas du tout idéalisés

Le docteur Jivago lui même n’a rien d’un héros. Il ne sais pas très bien ce qu’il veut et laisse parfois les circonstances influencer ses choix (c’est par exemple le cas pour son mariage avec Tonya ou ses multiples retrouvailles avec Lara). Les personnages féminins sont souvent montrées dans leur rôle de mère ou en train d’accomplir des tâches assez pénibles (lessives, aide à la (re)construction, travail de la terre…etc). Rien de très glamour ou héroïque donc. Cela est sans doute dû au contexte de la révolution soviétique et ses conséquences.

La solitude

Le docteur Jivago est souvent incompris de ses collègues par exemple. De plus, les bouleversements historiques successifs entraînent beaucoup de méfiance  dans les relations sociales, les répressions sont nombreuses. Les personnages ne peuvent pas accorder leur confiance facilement! De plus les familles et leur unité sont souvent remises en question par des séparations.

Les (re)commencements

Le roman compte également un côté utopique, les personnages principaux tentent à plusieurs tentatives de refaire leur vie dans des milieux souvent très hostiles notamment en Sibérie. Ces environnements sont tout de même décrits de façon poétique.

Aspect poétique

Enfin, il y a une place importante accordée à l’écriture car  le docteur Jivago est également un poète. Un dernier chapitre du roman est composé de poèmes « rédigés » par le docteur Jivago en hommage à son amour pour Lara.

«Ma charmante, mon inoubliable ! Tant que les creux de mes bras se souviendront de toi, tant que tu seras encore sur mon épaule et sur mes lèvres, je serai avec toi. Je mettrai toutes mes larmes dans quelque chose qui soit digne de toi, et qui reste. J’inscrirai ton souvenir dans des images tendres, tendres, tristes à vous fendre le cœur. Je resterai ici jusqu’à ce que ce soit fait. Et ensuite je partirai moi aussi.»

Bref, il s’agit d’un roman très riche! Ce n’est pas un coup de coeur mais c’est un classique à lire absolument  et à travers lequel on découvre beaucoup de choses sur la Russie de la première moitié du  XXè siècle.

Kheira