Le docteur Jivago de Boris Pasternak

Le docteur Jivago

 

Il y avait assez peu de « suspense » dans cette lecture car j’ai déjà  vu deux adaptations celle de David Lean (1965) avec  Julie Christie et Omar Sharif ainsi celle de Giacomo Campiotti (2002) avec Keira Knightley et Hans Matheson. C’est peut être pour cette raison j’ai mis pas mal de temps à lire ce long roman! D’autant plus que la romance entre le docteur Jivago et Lara ne commence que relativement « tard » dans l’intrigue.  Ce roman est très riche en thèmes et balaye une période dont l’Histoire est très mouvementée.  Je vais essayer de survoler ici ce qui m’a le plus marqué dans ce roman, ce sera déjà bien!

Des personnages pas du tout idéalisés

Le docteur Jivago lui même n’a rien d’un héros. Il ne sais pas très bien ce qu’il veut et laisse parfois les circonstances influencer ses choix (c’est par exemple le cas pour son mariage avec Tonya ou ses multiples retrouvailles avec Lara). Les personnages féminins sont souvent montrées dans leur rôle de mère ou en train d’accomplir des tâches assez pénibles (lessives, aide à la (re)construction, travail de la terre…etc). Rien de très glamour ou héroïque donc. Cela est sans doute dû au contexte de la révolution soviétique et ses conséquences.

La solitude

Le docteur Jivago est souvent incompris de ses collègues par exemple. De plus, les bouleversements historiques successifs entraînent beaucoup de méfiance  dans les relations sociales, les répressions sont nombreuses. Les personnages ne peuvent pas accorder leur confiance facilement! De plus les familles et leur unité sont souvent remises en question par des séparations.

Les (re)commencements

Le roman compte également un côté utopique, les personnages principaux tentent à plusieurs tentatives de refaire leur vie dans des milieux souvent très hostiles notamment en Sibérie. Ces environnements sont tout de même décrits de façon poétique.

Aspect poétique

Enfin, il y a une place importante accordée à l’écriture car  le docteur Jivago est également un poète. Un dernier chapitre du roman est composé de poèmes « rédigés » par le docteur Jivago en hommage à son amour pour Lara.

«Ma charmante, mon inoubliable ! Tant que les creux de mes bras se souviendront de toi, tant que tu seras encore sur mon épaule et sur mes lèvres, je serai avec toi. Je mettrai toutes mes larmes dans quelque chose qui soit digne de toi, et qui reste. J’inscrirai ton souvenir dans des images tendres, tendres, tristes à vous fendre le cœur. Je resterai ici jusqu’à ce que ce soit fait. Et ensuite je partirai moi aussi.»

Bref, il s’agit d’un roman très riche! Ce n’est pas un coup de coeur mais c’est un classique à lire absolument  et à travers lequel on découvre beaucoup de choses sur la Russie de la première moitié du  XXè siècle.

Kheira

Never let me go de Kazuo Ishiguro

Comme souvent le livre a été réédité avec l’affiche du film

Never let me go traduit en français par Auprès de moi toujours est un roman de Kazuo Ishiguro (auteur du célèbre Les Sentiers de la perdition). Publié en 2005 c’est sans doute l’un des romans contemporains les plus troublants.

Il s’agit d’un roman de science fiction qui se déroule dans l’Angleterre de la seconde moitié du XXè siècle c’est donc une uchronie. L’histoire nous est racontée par Kath à la fin des années 1990. Le thème est particulièrement sensible puisqu’il s’agit d’enfants puis adolescents élevés dans le but donner leurs organes au reste de la population. Ils sont élevés dans la campagne anglaise isolés de tout et semblent accepter leur sort avec une résignation dérangeante. C’est là toute la prouesse de l’auteur,l’histoire nous est racontée comme si le destin des personnages était une évidence. Du moins du point de vue de Kath leur vie est assez banale,elle s’attache à nous retranscrire ses souvenirs avec de nombreux détails. La mémoire est  en effet un des thèmes principaux du livre. Ce qui hante Kath c’est de savoir quand elle a su que son destin était d’être une donneuse d’organe pour finalement se rendre compte qu’elle l’a toujours su de façon assez sournoise. Les relations avec le personnel chargé de s’occuper d’eux étaient souvent difficiles (mélange de pitié et de méfiance à l’égard de ces enfants particuliers). Leurs espoirs d’avenir irréalisables ou encore l’adolescence et notamment la découverte de la sexualité y sont traités avec une très grande sensibilité et subtilité. L’héroïne a par exemple une envie de maternelle alors qu’ils sont tous stériles. L’héroïne décrypte sans complaisance pour elle même,sa naïveté et ses relations de plus en plus complexes avec Ruth et Tommy ses meilleurs amis.

Ce livre est donc à la fois une histoire glaçante de ce que l’être humain serait prêt à faire pour préserver sa santé aux dépens d’un groupe mais c’est aussi un récit très touchant d’adolescents qui se cherchent mais n’ont en réalité aucun choix à faire. C’est la combinaison des deux qui fait de ce roman un futur classique de la littérature.

Keira Knightley,Carey Mulligan et et Andrew garfield dans l’adaptation au cinéma (2010)

Le livre a été adapté au cinéma en 2010 avec dans le rôle principal de la narratrice Kath, Carey Mulligan (actrice en pleine ascension vue dans Une éducation,bientôt dans Gastby le magnifique), la déjà star Keira Knightley (bientôt à l’affiche d’Anna Karénine de Joe Wright le 5 décembre) et Andrew Gardfield (moins connu,vu depuis dans le reboot The amazing Spiderman). Cette adaptation est une réussite! Elle retranscrit bien cette atmosphère douce-amère de la campagne anglaise où tout semble idyllique mais où un sentiment de malaise pèse constamment. La complicité de Keira Knightley et Carey Mulligan (qui ont déjà partagé l’affiche d’Orgueil et préjugés en 2005) fonctionne parfaitement le rôle de modèle-rivale de Ruth joué par Keira Knightley peut même être  vu comme une mise en abîme de la situation des deux actrices l’une déjà confirmée (Keira) l’autre suivant ses traces (Carey). La vue du personnage de Tommy physiquement très marqué par ses opérations multiples est éprouvante. On se prend alors à rêver pour eux qu’il est possible selon cette rumeur qui circule dans leur pensionnat  que l’on pourrait gagner quelques années de sursis si on peut prouver que l’on est en couple et sincèrement amoureux…

Keira